mercredi 10 avril 2013

notes de voyage

Vue du ciel la campagne de Tana ressemble à la Toscane. Couleurs basques. Rouge de la terre et des maisons, vert des champs, des rizières, des cultures en terrasse.
Gare routière. chaud... "doucement, tranquille tranquille, mora mora". Quand est ce qu'on part ? 35 minutes il a dit y a une heure.  En fait c'est quand on est plein. Des sacs énormes s'entassent sur le toit formant une montagne plus haute que le fourgon. Grouillement de vendeurs de beignets, pains, fruits, autres beignets et made in china. Ils ont repéré qu'on était curieuses, on a presque tout goûté. Défilé permanent, des plateaux de beignets et de lunettes de soleil entrent par toutes les fenêtres du taxi. Et des petites mains d'enfants me tapotent la jambe en attendant un billet un stylo. Ca se remplit doucement de chaleur  et d'odeur humaine...
Ville entourée de grandes rizières sillonnées par des chemins rouge. Grands hérons blancs, canards, zébus, pirogues glissant en silence autour de maisons aux murs d'argile et au toit de tuiles. Pas de case en tôle. Tout est terre et pierres. Pas de marché pour la corde à linge. Etalage coloré universel sur herbe, terre, arbustes.
Un euro par jour pour eux, une claque aujourd'hui pour nous.
Un autre monde.
Crépuscule on the road. LA nationale du pays, une route de montagne en fait. Le contraire du plat pays. Villages de terre, briques et chaume. Pins, eucalyptus, rivières, torrents, rizières, jacinthes d'eau. Pause dans un des restos du routier : marmittes de maïs bouilli par des familles en bord de route. Chansons romances à la radio. En malgache mais aussi Roch Voisine et Imagine !! Décalage spatio temporel...
Règle numéro 1  ne pas circuler sur les routes la nuit. Et elles sont où les 3 touristes dans le fénoir ?? pas évident d etre organisé dans un pays où le temps ne se mesure pas.
J'ai pris les devants, avant qu'on ne se fasse encorner, me suis fait un filet de zébu. Excellent. Lit à Antsirabe.
Réveil au frais alt 1400m dans la Vichy malgache, ville thermale, constructions de briques à collonades, toits de vieilles tuiles. Vestige de l'époque coloniale. Au coeur d'une ville de 200 000 âmes mais on dirait un village. Pas de bruit de moteur, chants de coqs, marteaux qui tapent et surtout bruits de pas,  de pas de course des pousse-pousses, LE vehicule de la ville et LE (maigre) gagne-pain de milliers d'hommes.
Sur la route encore, toujours dans les hautes terres. A quoi ressemble la vie de ces hommes femmes enfants dans ces villages de pisé et de chaume reliés au monde par un maigre sentier rouge et leur jambes. Au mileu des rizières et terrasses au milieu de montagnes au milieu de cette île au milieu de l'océan indien au bout du monde coupés du monde (juste du nôtre). Une autre vie dans un autre monde. Peu de fenêtres ouvrent ces maisons où on aimerait se glisser dans la peau d'une souris pour essayer d'imaginer un peu mieux. Mais on serait la proie des chats alors...
Accueil musclé ambiance foire d'empoigne à la gare routière de Fiana ce soir. Extraction pénible mais réussie.
Sur la route du sud. Taxi brousse toujours mais "sprinter" porte bien son nom et mal sa malgachitude... pas tranquille du tout au volant ! sa devise c'est plutôt "à fond à fond à fond". Un cousin de schumarer ? Plus on descend plus les espaces grandissent, s'ouvrent, plus la roche remplace les rizières, moins il y a d'eau. Alpages parsemés de manguiers et cornidés. Changement de décor, à toute allure.
Je voyage avec deux yogee-paleo-bio-bobos. La journée commence par une salutation au soleil, les huiles essentielles coulent à flots. zenifiant.
 Un petit haut comme trois tomates s'occupe à planter un clou dans un cageot de tomates. Il a 18 mois et il manie le marteau mieux que moi (pas difficile...).
Traversée de steppes infinies parcourues par des troupeaux de zébus. Puis arrivée enfin aux portes du Colorado malgache que nous allons explorer à pieds (pour changer) pendant 5 jours.
Ca sent l'herbe coupée comme chez mon grand-père dans le Gers.
Traversée de rivières et rizières pieds nus. Sieste sur la terre à l'ombre d'un vieux manguier. Une brise chaude fait frémir ses feuilles et danser une multitude de libellules colorées aux trajectoires parfaitement aléatoires. Un massif rocheux du Jurrassique nous regarde. Caméléons et scarabées géants se promènent. Difficile de faire plus paléo.
Les zébus m'évitent, ils ont compris que j'étais zébuvore.
Canyon de makis (sans maki dommage) puis canyon des rats( sans rat pas dommage). Ocres du grès, blanc du sable, vert des fougères, tamarins et palmiers qui s'accrochent à la paroie tout près du ciel, ils n'ont pas le vertige. Autre vert de l'eau qui coule et creuse des piscines exprès pour nous.
La coutume veut que pour avoir le droit de se marier un homme doit d'abord voler un zébu. Et comme "qui vole un zébu vole un oeuf", dès qu'un mec tombe amoureux c'est le bordel...
Ils retournent leurs morts et enterrent les chefs de village dans des grottes à flanc de falaise. escalade avec cadavre sur le dos. la dernière fois le porteur est mort en chutant (ils picolent un maximum avant)... malin.
C'est la fête de la femme, on se paye un guide et deux porteurs qui ont monté deux poules qui gloussent accrochés à leurs sacs. Ce soir soupe au poulet.
Seuls au monde. Pas l'ombre d'un homo sapiens dans ce jurassic park. Quelques rares pintades sauvages, lemuriens et plein de pachypodiums, arbres à soie, cameleons, fourmis géantes, termites. Cuisine au feu de bois, toilette au ruisseau. Le soir on remplace la bière par une citronnelle, la clope par une salutation au soleil. Les porteurs nous offrent du zamal pour accompagner la citronnelle mais c'est du bio alors...
Après deux jours de marche à travers monts, canyons et savane, nous voilà au bout du bout du monde. Tellement au bout que même satellites et antennes réunis nous ont perdus, ils ne font plus le lien.
Toujours en pleine montagne mais mon téléphone me dit que les satellites nous ont de nouveau repérés, épatant. Douche hollywood chewing gum sous cascade. Un goût très frais.
Pause dans un oasis au milieu de la roche érodée par des millénaires d'eau qui a coulé, tracé des lignes parallèles, sculpté un massif qui s'effrite, dont les crêtes sont aussi friables que des gaufrettes. Ca craque sous nos pas. Vacoas immobiles dans un vacarme aquatique.
Vieille montagne ridée par Chronos qui a fait un travail qui rendrait jaloux Michel Ange.
La rivière est notre salle de bain privée, le retour au béton et au carrelage aseptisé sera dur. Pollution lumineuse : 0%. Ciel 100%  pur étoiles et voie lactée.
Rencontre de marsupilamis bondissants et d'une longue couleuvre glissant sur les rochers avec beaucoup de classe. Nous quittons notre bout du monde pour un retour (très progressif) à un début de civilisation.
L'orage gronde sur les montagnes d'où on est sortis juste à temps. On sera mieux sous notre hutte ce soir.
Hutte prise d'assaut par une nuée de moustiques dont les plus futés ont défié brillamment  (et bruyamment) les mailles de nos moustiquaires de vasettes. Distribution de fringues dans un village où ils n'ont rien, des bébés nus sont assis par terre entre une bouse et une maigre poule. Regret de ne pas en avoir pour tous, de ne pas voir tous leurs visages s'éclairer. Certes on pourrait aussi ouvrir une école et creuser des puits... Une goutte d'eau dans un océan asséché.
Journée sur la route. Le ciel s'étale, plus grand ici. L'horizon plus lointain.
La nuit tombe sur les rizières. Chants d'église évangélique à la radio (à fond). Des sonneries de téléphone improbables (futuristes ?) retentissent. Drôle d'ambiance.
Ballade dans les rizières des hautes terres dans un village paisible. Visite d'ateliers d'artisans (on regardera autrement les boîtes et autres masques sur les marchés) et d'une des fameuses maisons de pisé chez un artisan. Rez de chaussée : les bêtes, 1er ét : chambre, en haut cuisine, sans eau bien sûr donc une natte par terre et des marmittes sur un brasier. Plus sommaire que nos arrières gds parents à la campagne. Concert d'oiseaux très en forme ce soir.
Une journée en taxi brousse ça donne le temps de plein de choses, de lire surtout, ça n'en finit pas, c'est toujours à rallonge.
Le pire c'est que pour une poignée d'euros nous trouvons des hotels non seulement électrifiés mais souvent très confortables avec le charme de magnifiques boiseries, marquetterie. Même ici il y a deux mondes.
Pas besoin de livre, il suffit d'ouvrir les yeux, l'ile "mora mora" est pour nous souvent surprenante et invraisemblable. Nous le sommes tout autant pour eux. Etranges étrangers.
THB brochette de zébu.
Dernières heures sur la N7. Bientôt à la capitale. Pour accélérer le départ on a payé les 4 dernières places... ce qui a déclenché un conflit entre le chauffeur, "l'organisateur" et les rabatteurs.
Trottoirs made in china, bouchons, grouillement d'odeurs. misère, enfer de la ville pauvre. Il fait meilleur être pauvre à la campagne. Rien ne se perd, tout se recycle, des as du système D. Cette ville EST un embouteillage.

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