Nous voici tous réunis à Ploubaz
Ploubaz
Base
Olivier pas du tout mégalo cherchait une base
une petite base
une petite case
une casa
pour pouvoir planter un poteau :
« c’est chez moi ».
une base de décollage, en fait.
Car l’intérêt de Ploubaz
c’est — dixit Olivier — qu’on en repart.
(moi j’appelle ça
fuir
son désir)
Mais une base pas que pour lui
Une base à enfants
Une base à poteaux aussi
Alors sur le poteau
il a écrit :
« c’est chez vous aussi »
Et comme les poteaux aussi ont fait des petits, c’est devenu une :
base à enfants-de-poteaux, en attendant d’être une :
base à enfants-d’enfants-d’enfants-d’enfants-de-poteaux à cause de la tomette magnifique qu’il a choisie pour que ses enfants n’aient jamais envie de vendre
le poteau et la base à poteaux
Le deuxième jour, Olivier vit sa création et dit :
Ploubaz sera une base pour que tous les poteaux qui peuplent la terre viennent se retrouver, agiter leurs idées dans tous les sens et repartir
tout bizarres
Une base de réunion, quoi. S’ils y habitent, c’est pas un hasard : ça les habite.
Ploubaz : base de rencontres, une base nautique modèle Glénans où Olivier se fit les dents où les gens font des tours de plonge sans passer leur tour.
Car à Ploubaz
tout le monde est en phase
chacun à poste, paré à virer dans les 7èmes rugissants
des enfants
On arrive à faire comme si : calme plat en passant la pointe du Razzzz
Olivier donne la cadence aux rameurs : 13h on déjeune, 19h on dine.
Non, ça c’était l’olivier d’avant, qui a disparu
s’est fait gloutonné par : la forces des choses, le talent nellyien d’arrondisseuse d’angles d’horaires organisationnels à gogo, l’énergie délirante de nos enfants, qui nous poussent dans le dos, pour nous dire : « allez moman, allez popa, détends-toi, lâche tes principes… »
Et je vous présente le nouvel Olivier :
calme et détendu
Habillé de blanc chic naturel à l’italienne
un petit prélude de Bach dans les doigts
un petit motet de Bach à la bouche
une petite partita de Bach à l’oreille
Olivier maintenant passe de bonnes vacances
Ne donne plus de rythme
— même que ça nous fait bizarre d’attendre le déjeuner jusqu’à deux heures moins le quart —
Ne cherche presque plus les trous par où passent le bruit des enfants sous les cloisons
mais cherche les huîtres de Ploubaz
les deux pieds dans la vase
avec tous ses enfants dans toutes ses mains pleines de cœur (et sans poil) comme celles de Nelly
douces et polies
à qui nous rendons hommage de vous être unis
en catimini
en juïf
un jour de mariage, sans nous, parce que
vous n’aimez pas être au centre
Et là, c’est le moment du texte où vous l’êtes, au centre, ça vous change des bords, des marges, de votre vie de voyage où vous nous échappez toujours…
Voilà pourquoi ils n’habitent ni en France ni à Paris, centre du monde. Ils aiment les bords (de mer), et leur manière particulière de nous réunir, c’est aussi cela : ils s’arrangent fort bien pour nous réunir sans prendre la place du milieu. Ils sont à gauche, ou à droite (plutôt à gauche ?), ils
minimisent leur puissance pacificatrice et organisatrice avec le légendaire « c’est comme tu veux » de Nelly et « je propose qu’on prenne une babysitter » d’Olivier.
A Ploubaz base
Pas besoin de taz
c’est déjà l’extase
Ploubaz le nec
Nelly mitonne
Olivier mythonne aussi avec un « h » et un « y » grec : il mythifie.
Alors il est peut-être fini
le temps des réveillons de l’an 2000 où l’on avait le temps de préparer des choses « créatives » à se chanter, à se dire, à écrire des textes qui tiennent la route, bien mitonnés.
Mais à Plou baz
c’est très jazz
« on improvise »
dit Nelly Bar bazz
et même plus sur les grilles savamment écrites
qu’Olivier nous avait fournites (pardon, juste pour la rime)
Qui a dit qu’Olivier changeait pas d’avis ?
A Ploubaz
Pas besoin des contes de Perrault
Suffisent les contes des créolo-italiano-Parigots
A Ploubaz
Pas besoin de livre de conte, de roman, ni d’essai
Au feu Barbe Bleue
A bas Barbapapa
On a ce qu’il faut pour endormir les nenfants :
Nelly Barb Azan
le rat des villes et les Deschamps
Alix-Alice au pays des merveilles
Titouan L’Amazou
Léonard Cohen
Gabriel Fauré
Judith et l’Holopherne
Louise Labbé
et puis
des histoires plein la bouche : tout le monde parle en même temps
— « on parle pas la bouche pleine, maman ! »
On peut pas, mon enfant : on mange, on parle, on fantasme. Hum, que c’est bon…
Ploubaz
Base à phrases
lieu où je puise des phrases-phares de mon existence, qui m’aident à naviguer.
Ainsi, chaque matin que je constate qu’encore une fois, je vais avoir des sous-vêtements non appareillés, je pense à Anne qui a résolu cet affreux problème avec le tranchant qu’on lui connaît :
« c’est simple, je n’achète que des sous-vêtements noirs… (Ou blancs, je ne sais plus) dans le même magasin : aux Etats-Unis ».
!!!!
Bingo. Et voilà la quadrature de mon cercle résolu en quelques mots (ça veut dire quoi « quadrature du cercle » ? )
Et quand certains mercredis
je me dis :
« wonderful, une journée rien que pour mes petits »
et qu’à 10h30 j’ai déjà la tête farcie
la voix cassée
d’avoir crié
une maison en déconfiture
et toutes sortes de vipères dans la bouche envers ma progéniture
je pense à Véro la Brune qui eut un jour cette phrase qui n’existe pas là où j’habite :
« oh, moi j’adore mon travail ET mes enfants. Je récupère les enfants à 20h et je passe une heure et demi avec eux. Ça me convient bien… »
Grâce à Véro la Brune et à Olivier, j’ai fait une propagande éhontée dans toute la Bretagne concernant le bonheur des enfants quand ils sont au centré aéré, le malheur des enfants de profs tortionnaires et inconscients qui infligent à leurs enfants de passer toutes leurs vacances avec eux.
(Je sais, j’en suis une rescapée).
Anne : Les enfants, quand on commence tard, on est obligé de les faire comme des boulets de canon.
Anne, je pense à toi en ce moment…
D’autres phases de Ploubaz restent énigmatiques
Nelly :
— Cécile écrit des contes psychanalytiques
(???)
— Elle fait de la danse tahitienne et voyage en Océanie.
L’Océanie ?
Je ne sais même pas où le placer sur une carte. Moi je connais juste l’Océania, un hôtel chic en périphérie de Quimper où j’avais assisté à une conférence d’une psychanalyste qui venait du Sud, une grosse star, habillée en moulos et lunettes de soleil Dior à 60 ans (chez nous, on est plutôt polaire et lunettes décat) qui m’avait traumatisé sur ma position de femme-professeur puisqu’elle expliquait que le maître est forcément un homme…
(???)
Cécile hier même :
— pour chanter, je prends mon youkou, et j’improvise.
Mon you cou ??
— Anne et David ont une maison dans le 13ème avec un toit végétal et une cave qui s’ouvre au milieu du salon.
Ça devient chez moi : Anne et David habitent le nouveau musée quai Branly et sous leur salon, il y a un autre univers sub-terrestre où les bouteilles sont nos amies, un peu comme pour le capitaine Haddock (j’ai en tête l’image d’une de ses hallus où il imagine Tintin en bouteille et tous deux font avec leur visage des contorsions).
Et puis on y trouve toutes sortes de serpents qui sifflent sur ma tête, me mordent à la cheville et m’emmènent aux Enfers :
David le Serpent me dit :
C’est dur la philo, c’est tellement plus sympa d’enseigner le français.
Olivier le Serpent me dit :
Les grandes vacances d’été à la française, c’est vraiment pas idéal, on se déshabitue de travailler, on régresse et la reprise est d’autant plus dure. Rien de tel que les deux coupures sagement programmées par le calendrier de la Réunion.
Et c’est si convaincant que désormais, grâce à Olivier, je me démerde pour bosser tout l’été…
Ploubaz
Base de sophistes serpents qui me sussurent sulfureux des soucis en plus des doutes que j’ai déjà plein partout… j’ai pas besoin, merci beaucoup.
Quant aux phrases d’Olivier, ce ne sont pas des phrases, ce sont des MORCEAUX DE RAISONNEMENT sur tout à la fois
la Réunion et l’agrégation
le baroque et le rock
le piano et le lino (je déconne Olivier, c’est juste pour la rime)
le jogging et le teaching
Le couple, la coulpe ( ?)
la liberté, le rêve…
Olivier, il raconte tellement bien la vie, des autres, et la sienne, que quand je ressors des quelques jours, heures, passées avec lui, j’ai l’impression que le monde entier est transformé :
il enjolive, il embellit, il raconte des histoires, il raconte n’importe quoi.
C’est délicieux, ce n’importe quoi-là et il change la carte chaque année, il n’hé-radote jamais, et moi je gobe tout tout tout, comme ça je fais des provisions pour les jours où RIEN du tout…
Olivier aime le beau, le bien présenté, les tommettes à l’ancienne. Le blanc et le bois, le class. Olivier florentine, raffine, même quand on est 25 à table, qu’il y a 18 marmots affamés :
« Nelly, les croissants
dans une corbeille
per favore
c’est plus décent… ».
Et quand il dépliait ce projet, ce rêve de Ploubaz, ce fantasme totalement improbable, irréalisable, mégalomaniaque et super-généreux (Nelly à Paris, base de boums de la Sorbonne, n’est pas en reste dans ce projet fou),
moi je me posais des questions super-existentielles du genre :
Et si je m’inscrivais à un cours de yoga ?
Yoga ou taïchi-chi ?
Après des heures d’insomnies et de recherche aux Archives Nationales de Quimper, j’ai trouvé ce qui leur avait inspiré cette folle idée.
Leur muse, c’est Maxime Le forestier
remember :
C’est une maison bleue
adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là ont jeté la clé
On se retrouve ensemble
Après des années de route et l’on vient s’asseoir autour du repas
Tout le monde est là à cinq heures du soir
Nageant dans le brouillard
Enlacés roulant dans l’herbe
On écoutera Tom à la guitare
Phil à la Kena jusqu’à la nuit noire
Un autre arrivera
Pour nous dire des nouvelles
D’un qui reviendra dans un an ou deux
Puisqu’il est heureux, on s’endormira
Peuplée de cheveux longs
De grands lits et de musique
C’est tout à fait nous, isn’t it ?
Avec quelques petites modifs :
La maison est blanche
On y vient en TGV, BMW, Picasso
On ne frappe pas, on frappe des tas de textos
on se maile, on s’bigo
on cc-fwise
pour peaufiner
l’heure d’arrivée, ce qu’on doit apporter, ce qu’on va cuisiner…
On se retrouve ensemble
après des années de doute, de casse-croûte (pour moi)
d’ échelons gravis, d’une carrière rondement menée (pour d’autres)
On a les cheveux bien rangés, bien sculptés
la barbe de trois jours savamment taillé
On aime bien le bon vin
pas frelaté
Anne veille au grain
à l’aide de Fusco-Vigné
On n’écoute pas Tom à la guitare
mais Nelly en concert baroque
dans un costume d’époque
Et si on ne se roule pas dans l’herbe enlaçés
c’est simplement parce que l’herbe est toujours mouillée.
Alors on y revient
Chaque année pélerins
Ploubaz La Mecque
comme un refrain
Y a une phrase de la chanson pourtant qui reste entièrement vraie
C’est que Ploubaz est
« pleuplée de lumière et peuplée de fous »…
et j’espère bien qu’
« elle sera dernière à rester debout »…
Estelle
1 commentaire:
Pfiou... quel hommage ! C'est magnifique.
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